Monolithique? Non. Humain.

monolithique


UK flag pastel

On voudrait tellement que ça soit blanc/noir. La division nette. C’est plus simple à comprendre et ça soulage la conscience. Exemple : je suis du côté des gentils, et les autres c’est tous des méchants. Autre exemple : j’écoute ça, et c’est bien, donc j’ai bon goût, et ceux qui n’écoutent pas ça, ce sont des blaireaux qui ne connaissent rien à la musique.

Je n’apprends rien à personne en disant que ça n’est pas comme ça que ça marche.
Mais un jour, il a bien fallu que je l’apprenne. Que la complexité, les contradictions, venaient aussi vite que le fait premier.



Le fait, c’est par exemple mon père qui me dit : « tu ne peux pas faire ça, parce que tu es une fille » (c’est le sujet de mon texte précédent). C’est donc simple : mon père est sexiste, donc c’est un salaud, et moi je suis la révolutionnaire qui se rebelle et qui aide les gens à se rendre compte combien ils étaient dans l’ignorance.

En effet, une réalité si tranchée, ça m’aurait sûrement aidée à y voir clair dès le début. Mais j’en aurais sûrement souffert bien plus, que mon père soit simplement ça, et moi, simplement son adversaire.

Mon père a eu des propos sexistes. Pas qu’une fois, comme on croit parfois à un dérapage. Non, mon père il était comme vous et comme moi, il venait d’une culture, d’une éducation, d’une manière de voir le monde qui n’a rien de naturel. Mais là où ça se complique, là où ça chagrine mon côté les méchants-les gentils, c’est que mon père a aussi dit certaines des choses les plus anti-sexistes que j’ai entendues de ma vie.

J’irai plus loin. Mon père m’a donné les outils pour lutter contre son propre discours. Mon père m’a fait féministe deux fois : une première fois en tenant parfois des propos sexistes. Une deuxième fois en me donnant la confiance en moi nécessaire pour combattre ces propos-là.

Je pourrais donner tellement d’exemples. Mais tenons-nous-en à un seul pour le moment. Je sais déjà que d’autres viendront, tant ces moments-là ont été fondateurs.

Mon père, comme beaucoup de parents voulant rassurer leur enfant à l’adolescence, m’a fait des compliments. Mais s’il m’a en effet complimenté sur certains aspects physiques qui me complexaient affreusement, je n’oublierai jamais que parmi ses compliments les plus marqués, les plus répétés et les plus explicites, il y avait : « tu es intelligente ».

Il ne s’agit pas de savoir si c’est vrai. Peut-être même que je suis débile, et qu’il me disait ça juste pour me faire plaisir. Mais ça n’est pas ce qui compte. Ce qui compte, c’est de comprendre que j’ai grandi, que je suis devenue ado puis adulte en entendant ceci : « je suis fière que tu aimes réfléchir par toi-même ». « C’est génial que tu t’intéresses à ce que tu ne connais pas ». « C’est beau que tu formes tes propres opinions sur le monde ». « Je suis tellement content que tu aimes apprendre, que tu valorises la pensée ». « C’est important d’être indépendante, surtout pour une femme, et je suis tellement heureux de te voir le devenir ».

Ça a eu le mérite de favoriser au moins trois choses. 1, me montrer que je ne servais pas qu’à plaire physiquement à des hommes. Que j’existais sans eux, et qu’être avec eux ne devait pas me faire oublier ma propre personnalité. 2, que j’avais la capacité de me développer aussi longtemps que je le souhaiterais. Et 3, que j’avais le droit d’avoir une opinion, et qu’elle était aussi légitime que celle des autres.

Mon père, à la fois en ennemi et en allié, m’a appris la difficulté de comprendre les comportements des uns et des autres. Une fois que j’ai été grande, on en a parlé tellement, du sexisme des bonnes intentions : « je disais ça pour te protéger ». Bien sûr. Mais contrairement à beaucoup, il ne prétendait pas que parce que c’était quelque part possible de le comprendre, ça en faisait quelque chose de juste. Et encore moins quelque chose qu’on ne devait pas remettre en question.

Une fois, on discutait thé et café sur la table en plastique du balcon, je lui ai fait part de cette ironie-là. Celle qui donne à la fois les barreaux et la scie à métaux. Il m’a dit que c’était aussi pour ça que c’était si difficile, et donc si puissant, d’avoir des enfants : car ils interrogent vos contradictions, toutes celles qu’on passe sa vie à ignorer. Et que cette fois, il faut y répondre.

Il aurait difficilement pu y répondre d’une meilleure manière.


Monolithic? No. Human.

We’d like so much for things to be all black or white. A clear divide. It’s easier to understand, and it takes away any moral discomfort. For instance: I’m one of the good ones, the others are very very bad. Another example: I listen to this, so it means I have good taste, and those who don’t listen to the same thing are dummies who know nothing about music.

This may not be breaking news for you.
Well, one day, for me it truly was. The day I learnt that complexity and contradictions came as easily as those facts.


The fact is my dad telling me: ‘you can’t do this, because you’re a girl’. (This was last post’s theme) It’s so easy, then: my dad is sexist, therefore he’s an asshole, and I’m the revolutionary one, the one who fights back, frees herself and shows others how wrong they were, all this time spent in ignorance.

Yep. Such a black and white reality would have helped me to see things a lot more clearly. But I’d have suffered much, much more if he had only been this: a sexist asshole, and I, his opponent.

My dad said sexist things. Not just once, no, not just something that could pass as a gaffe. No. My dad was like you and I, coming from a certain culture, a certain education, a certain way of seeing the world that is anything but natural. However, what makes it even more complex, what annoys my black vs white pattern of thoughts the most, is that my dad also said some of the most anti-sexist things I’ve ever heard in my life.

I’ll go even further. My dad gave me the tools necessary to fight his own discourse. My dad made me a feminist twice: the first time by saying sexist things. The second time by giving me the self-confidence I needed to fight them.

I could give so many examples. Let’s focus on one at the minute. I already know that others will come along, since these moments have been so decisive.

Like many parents who want to reassure their teenager, my dad gave me compliments. While it’s true that some of them were connected to physical insecurities, I’ll never forget that among the ones he repeated and emphasized the most, there was: ‘you’re intelligent.’

It doesn’t matter, whether it’s true or not. For all I know it could have been something he said just to make me smile, when in actual fact I’m a dumbass. But it doesn’t matter. What matters is that I’ve grown up, entered teenage years and then adulthood hearing this: ‘I’m proud that you like to think for yourself.’ ‘It’s great that you’re interested in things you don’t know.’ ‘It’s awesome that you’re developing your own views about the world.’ ‘I’m so happy that you like to learn, that you value thoughts.’ ‘It’s so important for someone to be independent, especially as a woman, so I’m so happy to see you developing your independent side.’

This contributed to develop at least three things. 1st, it showed I wasn’t existing to merely please men visually. It proved that I existed without them, and that being with them shouldn’t make me forget my own personality. 2nd, it convinced me that I could develop and evolve for as long as I wanted. And 3rd, it proved that I was allowed to have an opinion, and that this opinion was just as valid as others’ opinions.

My dad, both as the ennemy and the ally, taught me the difficulty to understand human behaviours. Once I had become an adult, we talked about this so much: well-intentioned sexism. ‘I was saying this to protect you.’ Of course. Contrary to many others, however, my dad didn’t pretend that because you could potentially understand it, it made it good, nor fair. My dad wanted to question it too.


Once, we were talking: plastic table on the balcony, tea and coffee cups. I told him about this irony. The irony which gives you bars and metal-cutting saw at the same time. He told me that was why having kids was so difficult, therefore so powerful: they question your contradictions, those you’ve spent a lifetime ignoring. The difference being: you now have to answer.

He couldn’t have provided me with a better answer.

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