Le Jour où mon père a voté Le Pen

election-day



UK flag pastel

C’est quand même un cas de mathématiques plutôt unique : des résultats d’élections tombent, on pleure et on s’insurge, on demande autour de nous et… c’est la faute de personne. Je me rappelle trop bien de Sarkozy. Quand il a été élu, c’est bien simple, à en croire les gens autour de moi, je ne connaissais personne (oui, absolument personne…) qui avait voté pour lui. Mais qui était donc ces 53% qui m’avaient fait chialer ? Impossible de le dire. Encore aujourd’hui, j’en connais une poignée, alors que, fous-toi pas de ma gueule, 53%, c’est quand même plus qu’une belle moitié.

Le vote pour le Brexit en juin, et aujourd’hui les élections américaines nous rappellent qu’il ne faut jamais, jamais sous-estimer le nombre. Allons plus loin : la surprise, ce n’est jamais le résultat, c’est qu’on fasse semblant d’être surpris. La surprise, c’est qu’on s’attend à voir des monstres ignobles pour soutenir des gens pareils, et qu’un par un, ils prennent le visage de (quasi) monsieur tout le monde. En ce jour, je me rappelle avec énormément d’amertume d’un autre jour où je n’ai pas rigolé, questions chiffres et résultats. C’était en 2002.

La nouvelle tombe : Jean-Marie Le Pen sera au deuxième tour. Là encore, peu de gens viennent s’en vanter. Pourtant, s’il est arrivé au deuxième tour les gars, il y a eu des gens pour voter pour lui. Ce n’est pas parce que ça donne envie de vomir que c’est moins vrai. Et là, comme souvent, mon père me surprend.

En 2002, il a voté Jean-Marie Le Pen au premier tour.

Putain. De l’écrire, ça me fout la tremblotte. Il y a trop de poids, trop d’enjeux là-dedans : il n’est plus là pour défendre son point de vue, on est souvent accusé des points de vue de sa famille, il est hors de question qu’on se mette à l’insulter, et pourtant je sais bien que n’importe quel gaucho qui lit ça (parce que j’en suis) se dira : « oui bah c’est un dangereux fanatique »…

Attends.

Attends, parce que si les choses étaient aussi simples (et d’un côté, j’aurais aimé), ça se saurait.

Quand je lui ai demandé pourquoi il avait voté Le Pen au premier tour, j’aurais quasi voulu que mon père me dise : « parce que j’aime pas les arabes, les noirs non plus, parce que les femmes sont des salopes qu’il faut laisser à la cuisine, parce que je trouve inadmissible que tu aies le droit d’avorter et parce que j’adore Michel Sardou. » Au moins, j’aurais pu dire : okay, c’est irrattrapable, ciao et à jamais !

Problème (ou pas) : mon père détestait Sardou, et à peu près toutes les conneries que je viens d’enfiler. Et il aurait succombé au côté obscur de la force ??? C’est une blague ?

Il me dit :

– Parce qu’il y en a marre qu’ils nous prennent pour des cons, et qu’en plus ils pensent qu’on ne le voit pas.
– Le Pen nous prendra moins pour des cons ?!
– Non, mais les gens ne s’y attendaient tellement pas, ça va les faire réagir au moins, ils vont se dire : bon, là, il faut vraiment qu’on fasse quelque chose sinon c’est le FN au pouvoir.
– Mais papa, tu l’as à moitié mis, là, le FN, au pouvoir !!!
– Mais non, jamais ils ne passeront au deuxième tour…
– Et s’ils passent ?
– Ils ne passeront pas.
– Oui mais s’ils passent?
– Mais non, c’est un vote de réaction, pas d’idéologie.
– Ah, et donc Le Pen, là, selon toi, il fait moins la fête parce que t’as pas ta carte au parti ?
– Tu ne peux pas dire que c’est la même chose. C’est un vote pour dire : on arrête les conneries.
– Mais c’est le contraire, ça vient tout juste de les commencer, les conneries ! Un vote, c’est un vote ! Tu viens de donner ton vote à Le Pen ! Mais je comprends pas, tu le détestes, tu détestes tout ce qu’il représente !
– Oui mais…
– Putain papa déjà le négationnisme ça te fait gerber !
– Oui, c’est sûr que ce n’est pas pour ça que j’ai voté pour lui.
– Mais… Pourquoi tu as voté pour lui ?
– Pour les faire réagir.
– Okay, on ne s’entendra jamais là-dessus. Si tu veux les faire réagir, va en manif, débats avec les gens, mais vote pas Le Pen !
– T’as raison, on s’entendra jamais là-dessus.

(Je chiale, et pour être honnête peut-être qu’il pleure aussi)

– Papa, merde, tu vas voter FN maintenant ?
– Mais non ! C’était juste pour cette fois-là !
– Mais papa, historiquement, tu vas faire partie de ces gens qui ont amené l’extrême-droite au second tour.
– …
– Alors ?
– Bon, j’avoue, je ne m’y attendais pas.

(Je me remets à gueuler)

– Tu ne t’y attendais pas ? Tu votes ça, mais tu ne t’y attendais pas ?! Tu te fous de ma gueule?!
– Non, il est possible qu’on se soit foutu de ma gueule.
– Quoi ?!?
– Je crois que j’y ai cru, au vote de protestation… Au vote ouvrier…
– Tu rigoles ?!?
– C’était quand même pas croyable, d’amener le FN au second tour… Je me suis dit comme beaucoup que c’était une stratégie.
– Sûr, une stratégie de merde.
– Peut-être, mais à 17% la stratégie de merde, maintenant va falloir se pencher dessus pour comprendre.

Alors dessus, je m’y suis penchée. Longtemps. Comment mon père, qui n’avait jamais voté FN, qui n’a jamais voté FN après ça, comment mon père, qui m’a élevée en HLM dans la mixité sociale et culturelle, et qui y tenait en plus, a pu voter FN ce jour-là ? Comment ça, tous les gens qui votent extrême-droite (ou Trump ? ou le Brexit ?) ne sont pas des monstres infâmes qui veulent bouffer les immigrés tout cru et purement et simplement foutre en taule les homos ?

Les signes y étaient pourtant, et à chaque élection on fait semblant d’être surpris, on fait semblant de ne les avoir jamais vus : la diabolisation de l’immigration à la télé, à la radio, sur internet, dans les journaux. Décomplexer le discours homophobe au nom de la liberté d’expression. La médiatisation de la violence, avec offense à géométrie variable. Et bien sûr, comme c’est drôle, cette façon qu’on a de brailler comme des veaux quand des smicards détournent l’argent des allocs, que des RMIstes « profitent du système », alors qu’ils représentent si peu, oui si peu, face aux millions détournés, volés, tous les jours par des gens autrement plus riches, et autrement plus puissants. L’éternel discours du : « maintenant c’est allé trop loin, etc. » La conviction enracinée dans les gens que des droits acquis de dure lutte ne se perdent pas. Qu’on ne leur reprendrait jamais.

Un jour, bien plus tard, je demandai à mon père :

– Dis papa, pourquoi il est venu en France, papy, déjà ?
– Pour se faire soigner la jambe, entre autre.
– Il venait profiter du système, donc ?
– Mais arrête-ça, qu’est-ce que tu racontes ?
– Ben c’est pas les gens dont ils parlent, Le Pen, ces gens qui viennent parce qu’ils savent qu’ils peuvent se faire soigner en France gratis, parce qu’on n’est pas des merdes et qu’on les renvoie pas chez eux illico ?
– Oui, mais après tu comprends, il est resté, il a travaillé…
– Okay mais il avait le droit d’être là au départ ou non ?
– Disons que…
– Disons que comme toute personne qui vient pour des raisons pareilles, évidemment que non, mais que comme tout être humain lucide, il s’est dit pourquoi je me ferais chier à souffrir toute ma vie juste parce que le hasard a fait que je suis né dans un pays où on ne pouvait pas me soigner ?
– Oui…
– Il a eu raison de venir ?
– Évidemment.
– On a eu raison de le laisser rester ?
– Bien sûr !
– Tu crois qu’il penserait quoi, que les gens votent en masse contre les immigrés et les « profiteurs », alors ?
– C’est bon, je vois où tu veux en venir. Je ne veux plus jamais avoir à faire ça.
– Mais il faut quoi, alors, pour que toi et tous les gens qui ont voté ça « juste pour protester » ne le fassent plus ?

 

S’ensuivront des centaines de discussions. Sur l’importance de ne pas moraliser les gens, de ne pas leur dire de manière condescendante : « vous êtes bien vraiment tous des connards de fachos, tiens », comme si soi-même on était un exemple d’humanisme. Sur le poids, cependant, de tout acte. Ce n’est pas parce qu’on pense un acte éphémère et inaperçu, noyé par la masse, qu’il le sera. Nous sommes la masse. Chaque fois qu’on vocalise un discours politique, on participe à l’Histoire. Rester conscients, toujours, de la manipulation de l’information – pas genre théorie du complot, non. Dans le sens, plutôt, qu’on la manipule tous. Qu’on adore faire dire au réel ce qu’on voudrait (ou craindrait) qu’il dise. Discussions aussi sur les limites de la démocratie. Peut-être arrêter de se dire : « ah, qu’est-ce qu’on a de la chance », et se reposer les pieds en éventail pendant qu’ailleurs on se fout bien de la gueule des électeurs. On a parlé de l’intersection entre catégorie socio-professionnelle, genre et vote. Le dégoût que tant d’ouvriers, de chômeurs, de femmes votent Le Pen, et en même temps l’incompréhension de voir que personne n’a l’air d’avoir envie de s’en rendre compte.

Mais ça va beaucoup plus loin. Car mon père, quand je lui donnais procuration, a par exemple voté Besancenot. On rigolait pas mal de voir l’écart entre les bulletins qui lui étaient passés dans les mains. Le rire était nerveux, déconnons pas. Mais c’était un rire quand même. Il a fallu en tout cas avoir la patience de s’écouter, de tenter de se comprendre, de vouloir se convaincre. Car j’aimais trop mon père pour en faire une caricature de facho aigri avec qui j’aurais juste pu couper les ponts définitivement. Mon père m’a donné envie de ne pas juger hâtivement. De ne pas sous-estimer l’impact que peut avoir la sensation d’injustice, la peur, aussi, sur des individus comme sur des populations. Mon père m’a appris à me méfier des gens, pour ces mêmes raisons, à me battre pour des idées, des idées qui avaient toutes en commun qu’on vive mieux ensemble. Il était temps de redéfinir ce que voulait dire ce « mieux ».

J’ai eu mal, franchement j’ai même eu honte (nos opinions politiques rejaillissent toujours sur nos proches, voyez la gêne que vous ressentez en lisant le post Facebook de votre oncle qui se positionne à votre opposé, en termes de politique), j’ai eu peur que les gens (ça peut être moi) détestent mon père. Mais plus que ça, je n’ai jamais autant eu envie de comprendre. Ça n’a rien enlevé à la colère, à combien je lui en ai voulu pour ça. (Je vous rassure, il m’en a voulu politiquement pour plein d’autres choses, on est quittes) Mais ça a pour sûr affiné mon discours. On n’a pas forcément tous à le faire. Il y a des gens avec qui, comme vous tous, je n’ai juste pas envie de parler. Mais ça n’est pas là que je vais voir. C’est dans les espaces flous, les moins représentés. Les gens qui se situent dans cet espace qu’on ne veut pas voir, justement car il n’y a plus ni anges ni monstres : juste des gens qui essaient d’établir une pensée cohérente avec des bouts contradictoires.

En colère, j’écoute et j’espère encore faire bouger des choses, au niveau le plus infiniment petit : le niveau individuel. Qu’au moins une personne autour de moi ne vote plus jamais ça. Si on veut changer les gens, c’est aux gens qu’il faut parler.

Ça fait longtemps que j’ai décidé de ne plus gâcher mes forces à changer des gens profondément tarés. Des gens qui, du fond du cœur, pensent que c’est bien et juste que les noirs soient esclaves, les handicapés gazés, les femmes violées.

Je garde ma salive et mon énergie pour les gens faits de contradictions. Ces gens qui ne sont pourtant pas des monstres, mais qui justifient parfois l’injustice. Parce qu’au fond je sens bien qu’eux aussi aimeraient les faire sauter, ces structures d’oppression. Pour faire péter des grilles il y a l’émeute ou le couteau à beurre. J’ai choisi le couteau à beurre, et bordel, qu’est-ce que c’est long. Faites que ça en vaille le coup.

 


The Day My Dad Voted Far Right

That’s a mathematical mystery, and it is one of a kind : election results are announced, we cry and we scream, we ask around and… it’s nobody’s fault. I remember Sarkozy all too well. When he got elected, according to people around me, that was pretty simple: I didn’t know a single person (that’s right, not a single one) who voted for him. So who where these 53% who got me whining? It was impossible to say. Still to this day, I only know a few of them. And yet 53%, that’s more than a good half, so cut out the bullshit.

Brexit vote in June and American elections today remind us that we should never underestimate numbers. Let’s go further : the surprise doesn’t lie in the results, the surprise is the very fact that we are surprised. The surprise is that we expect horrid monsters to be supporting such people, and one by one, we discover that they were like everybody else. Today, I remember with much bitterness another day when I didn’t feel like laughing, regarding numbers and results. It was in 2002.

On the news : Jean-Marie Le Pen will be there in the second round of the elections. Few people brag about it. However, if he’s there, that means people voted for him. That you want to throw up doesn’t make it any less real. And right there, my dad, as always, suprised me.

In 2002, he voted Jean-Marie Le Pen in the first round.

Fuck. I’m shaking just writing this. This is too heavy, there’s too much at stake : he’s no longer here to defend his views, people are often accused of their family’s opinions, I don’t want people to start insulting him, then again I know that any leftist (yes I know, I’m one of them) will read this saying: “well that’s just a dangerous bigot then”…

Wait.

Wait, because if it were that simple (and in a way I wish), we would know it by now.

When I asked him why he voted Le Pen in the first round of the elections, I almost wanted him to say: ‘because I hate Arabs, and Black people, because women are sluts who must stay in the kitchen, because I find it unacceptable that you can get an abortion and because I love Michel Sardou (a singer whose work I can’t even start to describe).’ Then, I could have said: okay then, you’re way beyond any limits, ciao and see you… never!

There was a problem though. (Wasn’t there?) My dad hated Sardou, and pretty much everything I’ve written above. Yet he gave himself to the dark side??? Was that supposed to be a joke?

He told me :
– I’m fed up with them treating us like fools, and they think we don’t even realise that.
– Le Pen won’t take you for a fool?!
– He will, but people so didn’t expect this turn of events, that’ll provoke some sort of reaction. They’re gonna have to say: okay so we need to do something, otherwise the Far Right party will get elected.
– But dad, now thanks to you they’re half way there!!!
– No way, they’ll never be elected in the secound round…
– What if they are?
– They won’t.
– Yes, but what if they are?
– No way, that’s a protest vote, not an ideological one.
– Oh so you think Le Pen, right now, is celebrating any less because you’re not a member of their party?
– You can’t say it’s the same thing. It’s a vote to say: let’s put an end to this bullshit.
– Well that’s the opposite! Bullshit is about to unfold! A vote is a vote ! You just gave your vote to Le Pen! But I don’t get it, you hate him, you hate everything he stands for!
– Yes but…
– For fuck sake dad, negationism makes you sick, for starters!
– I didn’t vote for him because of that, that’s for sure.
– But… But… Why did you vote for him?
– To provoke some sort of reaction.
– Okay, we’ll never agree on that. If you want to provoke some reaction, go protest, argue with people, but don’t vote for Le Pen!
– You’re right, we’ll never agree on this.

(I cry. To be honest he might be crying too)

– Shit, dad, are you gonna vote Far Right now?
– Of course not! That was just for this one time !
– Still, Dad… Historically you’ll be among these people who enabled the Far Right to access the secound round.
– …
– So ?
– I must admit, I really didn’t expect that.

(I start yelling again)

– You really didn’t expect that? You vote for him, but you didn’t expect that? You must be shitting me.
– No, maybe they’ve shitted me.
– What now?!?
– I think I believed in it… That protest vote… The vote of the working-class…
– You’re kidding, right?!?
– It wasn’t really a possibility, for the Far Right to get elected in the first round… I thought, like many, that it was a strategy.
– Well yeah, a shitty strategy.
– Perhaps, but with a 17%-wide shitty strategy, we’re gonna have to consider what happened.

So I considered what happened. I thought about it for a very long time. How my dad, who never ever voted Far Right, who never since voted Far Right – my dad, who brought me up in an Estate, in social and cultural diversity, and who clearly wanted this to be my upbringing, how my dad could have voted Far Right? What do you mean, all people voting Far Right (or Trump? Or Brexit?) are not horrid monsters who want to eat immigrants alive and put all gays in jail?

Signs were there, and after each election we act surprised, as if we never saw them before: depicting immigration as evil on TV, on the radio, on the internet, in newspapers. Normalising homophobia in the name of freedom of speech. Showing violence with varying level of offense, depending on who shoots and why. And of course, that’s so funny, the way we scream like pigs when low-paid workers cheat at benefits, and unemployed people ‘abuse’ the system, even though they represent so little, yes so very little, compared to the huge amounts stolen and siphoned every day by people way richer and way more powerful. The eternal speech of: ‘now they’ve gone too far, etc.’ This deeply ingrained idea that rights earned after long struggles can never be lost. That no one would ever dare to take these rights away from us.

Much later, I asked my dad:

– Dad, why did grandpa come to France?
– To have his leg cured, among other things.
– So he came to abuse the system, didn’t he?
– Stop it, what you’re on about?
– Well aren’t they the people Le Pen is talking about, those we come to France because they know they would be cured for free, because we’re decent human beings and won’t send them back sick to where they come from immediately?
– But you see, your grandpa stayed and worked here…
– Yes but was it legal for him to stay?
– Well, let’s say that…
– Let’s say that like anyone who come for such reasons, of course it wasn’t legal to stay. But like anyone lucid, he wondered : why would I spend my bloody life suffering only because fate had me born in a country where I couldn’t be cured ?
– Yeah…
– Was he right to come?
– Obviously.
– Was he right to stay?
– Of course so!
– So what do you think he’d say about all these people voting massively against immigrants, ‘abusers’, and whatnot?
– Okay, okay, I hear what you’re saying. I never want to have to do that again.
– Then what would it take, for you and for anybody who voted ‘just as a protest vote’, to never do it again?

Hundreds of discussions followed. On the importance of not patronising people, of not telling them with condescension: ‘you’re all fascist assholes, that’s what it is!’ As if we were ourselves a model of humanism. We talked too of the weight carried in any single of our action. It’s not because we think that an action will be fast forgotten and barely noticeable, drowned in the mass, that it will indeed be so. We are the mass. Every time you voice a political opinion, you take part in History. We talked about being aware, at any time, of the manipulation of information. Not because it’s all a big conspiracy. But because we all manipulate information, shape it the way we want. We love to make reality speak as we would like it to speak. Or we all love silencing what we’re afraid it would say. Some discussions were about the limits of democracy, so as to stop saying : ‘ah, we’re so lucky’, and do fuck all about all this while they, somewhere else, make fun of us. We talked about the intersection between class, gender and vote. The disgust that so many workers, unemployed, women, vote Far Right, as well as our bewilderment that nobody really want to notice it anyway.

It involved other things. Sometimes, my dad voted for me, by proxy. He had therefore voted Far Left. We laughed about the difference between all these ballots he held in his hands. We laughed because we were nervous, but still, we laughed. In any case, our relationship required the patience to listen to each other, to try and understand each other, to try and convince each other. Cause I loved my dad far too much to bury him into the caricature of a fascist bigot whom I could just say farewell to, and never see again. My dad gave me that desire not to judge too quickly. Not to underestimate the impact that injustice, and also fear, can have on individuals and people. My dad encouraged me to question people, for the same reasons, and to fight for ideas, ideas which all had in common that at the end of the day, we’d all live better together. It was high time we defined what ‘better’ was.

I was hurt. If I’m honest I was also ashamed – our political views always impact people around us, see the discomfort you feel when your uncle post a status on Facebook, which is exactly what you’re standing against. I got scared that people (even me) started to hate my dad. But above all this, I had never wanted to understand him more. It didn’t take the anger away, and I still blamed him for that (don’t worry, he blamed me for many political views and actions too, and he got angry at me, so we’re even). For sure, though, this experience sharpened my rhetoric. We don’t necessarily have to. They are people with whom, like you all, I no longer want to talk with. So I don’t go see them. I go to more undefined spaces, less represented spaces. People who situate themselves where there is no angels nor monsters: simply people who try to build something cohesive with contradictory bits of opinions.

Angry, I still hope I will encourage change, even on the smallest scale: that of the individual. At least if one person never vote for them again… If you want people to change, you have to talk to people.

It’s been quite a while now since I decided to not waste my time trying to change people who are just definite assholes. People who deep down, think it fair and right that Black people be slaves, disabled people killed, women raped.

I’m saving my energy and words for people made of contradictions. People who aren’t monsters, but sadly find a way to defend unfairness. Because I know the’d like to blow them away too, those oppressive structures. To blow away the fence one can use either riots or a butter knife. I chose the butter knife, and man, is that a long process. Let it be worth it.

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