L’Essentiel, ce jamais dit

en_voiture

UK flag pastel

Avertissement de contenu: inceste, pédophilie, viol.

C’est un matin sur la place de la mairie. Mon père est garé sur le parking depuis quelques minutes. Est-ce qu’on attend le retour de ma mère, partie faire une course ? Est-ce qu’on attend qu’il soit l’heure de quelque chose ? Aucune idée. Ce qui est sûr, c’est qu’on est là, dans la voiture, place de la mairie. Sur le siège conducteur, mon père. Sur le siège passager, personne (pour l’instant ?). Et sur les sièges à l’arrière, mon grand-frère et moi, chacun contre une portière. Je dois avoir cinq ans, lui huit. Honnêtement je ne suis plus certaine de l’âge, sauf qu’on est suffisamment jeunes pour que mon petit-frère, de trois ans encore le benjamin, ne prenne pas part à cette discussion.

Je ne vais pas faire semblant de me souvenir comment s’est venu. Peut-être qu’on parlait des gens qui passaient, peut-être qu’on avait repéré un truc sur eux qu’on commentait. Mais à un moment, mon papa nous demande, à mon grand-frère et à moi : « Vous savez maintenant, la différence entre un garçon et une fille ? » Evidemment, la première chose qui arrive, c’est qu’on devient écarlates, gênés d’un truc complètement flou, « heu allez arrête ! L’autre, hé ! » Et on ricane. Mon père, tout-à-fait sérieux, reprends calmement : « non mais sérieusement. Dites-moi puisque vous savez, c’est quoi la différence entre un garçon et une fille ? »

Silence (auto)radio.

« Par exemple, vous connaissez la différence entre vous deux ? »

La gêne devient palpable. Là, je n’ose plus regarder mon frère que de biais, je sens que pour lui c’est pareil. Et puis, comme tous les êtres humains gênés (ça ne s’applique pas qu’aux gosses), l’un de nous commence à faire son malin : « ben ouais hein, c’est les cheveux ! Hahaha.
– Qu’est-ce que tu veux dire ?
– Ben, chais pas, moi, les filles elles ont les cheveux longs et pas les garçons.
– C’est faux. Un garçon peut avoir les cheveux longs.
– Pff n’importe quoi ! siffle-t-on d’un commun accord.
– Quand j’étais jeune, j’ai eu les cheveux longs, moi aussi.
– Ouah vas-y, n’importe quoi, l’autre !
– Sérieusement, j’ai dit…
– Okay bon ben… les filles elles ont des toilettes spéciales car elles peuvent pas faire pipi debout.
– D’accord, et à ton avis pourquoi elles ne peuvent pas ?
– Ah non hein moi j’dis pas…
– Moi je sais ! Les garçons ils aiment moins la musique, d’abord, et ils regardent Dragon Ball et les filles Sailor Moon ! (je sais pas, on sort des trucs à la con comme ça pendant un moment, pour ne pas dire les choses car la honte, on a bien appris, mais on n’a pas encore tout compris pourquoi on l’a, cette honte, de parler d’une soi-disant différence que pourtant la société nous inflige déjà à ingurgiter par seaux entiers)

Un moment passe où mon papa, qui n’est pourtant pas maître Yoda de la patience, accepte toutes nos singeries et nos ricanements. Mais il revient toujours à la charge : « c’est comme vous voulez, vous pouvez faire les malins, mais c’est important qu’on en parle, les enfants, alors j’ai tout mon temps ».

Tout son temps mais un peu de gêne aussi, non ? Je sais pourquoi il nous en parle maintenant, dans la voiture. Je le sais, parce que je l’ai fait des années plus tard, quand je lui ai annoncé que je fumais : en bagnole, pour qu’on n’ait pas à se regarder dans les yeux.

« Donc, à votre avis, pourquoi vous ne prenez plus le bain avec moi ou avec maman ? Mais que maman continue de rentrer dans la salle de bain si tu as besoin (il me regarde dans le rétro), et moi si jamais c’est toi qui a besoin (il s’adresse à mon frère)…
– Parce qu’on est trop grands pour la baignoire.
– Oui, et aussi…
– (je ne sais pas qui ose, mais l’un de nous ose enfin : ) Parce qu’on a des trucs pareils là en bas…
– Hé bien, les enfants, c’est important que…
– Les filles c’est la plume et les garçons le stylo du stylo-plume ! (oui, on est toujours aussi nerveux, c’est pas parce qu’on fait genre on est trop prêts à en parler qu’on tient vraiment en place)
– Bon maintenant calmez-vous. Si je vous parle de ça, c’est parce que vous n’avez pas à avoir peur de comme vous êtes faits en bas.
– Hé l’autre…
– L’autre, il sait très bien que c’est une des raisons pour laquelle vous n’osiez pas le dire : parce que vous pensez qu’il faut avoir honte de cette partie de vous.
– Mais non, mais t’sais…
– T’sais quoi ?
– …
– Il ne faut pas avoir honte, parce que tout le monde, tout le monde même les grands, on a des trucs ici qui sont juste à nous, et ce n’est pas grave si ça ressemble ou pas aux autres. Mais les gens ils ont fait des toilettes séparées avec ceux qui se ressemblent pour qu’on se sente moins gênés. Alors ça n’est pas quelque chose qu’on se montre entre nous comme ça, surtout pas en public ou en pleine classe, mais ça ne veut pas dire qu’il faut avoir honte.
– Ben oui mais si on peut pas le montrer alors c’est un peu que c’est pas bien, non ?
– Non, ce qui n’est pas bien c’est de ne pas avoir assez d’espace pour son corps, de ne pas se sentir respecté. Votre corps est à vous, et c’est pour ça que vous prenez le bain tout seul : comme ça c’est vous tous seuls qui décidez comment vous lavez, maintenant que vous savez faire… Et nous, on ferme la porte pour respecter ça.
– Moi j’aime pas les bains, l’eau elle est crade après.
– Et on n’est pas tous faits pareils car plus tard ça sert à faire des enfants si on veut…
– Haha la plume et le stylo plume, t’es bête toi, alors !
– Mais ce que je veux vraiment, vraiment que vous reteniez, c’est ça :
– … (bizarrement on sent venir THE phrase)
– Vous n’avez jamais à avoir honte de ce que quelqu’un vous fait. Si quelqu’un vous fait du mal, c’est juste à cette personne-là d’avoir honte, jamais à vous !
– … du mal comme de gronder… ?
– Du mal comme de vous toucher-là, alors que c’est votre corps à vous, et que personne, personne n’a le droit de vous toucher. Qu’il soit pareil que vous en bas ou pas.
– …
– Et même quand vous serez grands, personne n’aura le droit de vous toucher sans vous demander, personne, non non jamais personne. C’est vous qui direz si vous êtes d’accord
– … Et si y a quelqu’un qui demande pas, un jour ?…
– Alors vous pourrez toujours, ça c’est sûr, toujours en parler à un adulte en qui vous avez confiance. On vous défendra toujours. Ce ne sera jamais, jamais quelque chose dont vous devrez avoir peur ou honte, de nous le dire. Ce n’est pas une question d’âge, vous verrez, même quand vous allez grandir, ça peut arriver et dans ce cas il faut nous le dire, il faut en parler à quelqu’un.
– … Bah… ouais alors…
– Je vous dis ça parce que les personnes qui font ça sont très méchantes, et vous diront que c’est un secret et qu’il ne faut pas le dire, mais elles mentent ! Elles mentent toujours quand elles disent ça. Vous comprenez ?
– Oui…
– Si un jour quelqu’un touche votre corps alors que vous ne vouliez pas, ou vous regarde là alors que vous ne vouliez pas, vous devez faire quoi ?
– Te le dire à toi ou maman.
– Surtout si…. ?
– Surtout si on a honte ou que le méchant il nous dit de rien dire.
– C’est bien, bravo, je suis fier de vous.
– …
– Ça ne vous ai jamais arrivé, dites ?
– NOOOOOOOOOOOON !!! Alors là, non non non papa !
– Non papa j’te promets.
– Je peux vous faire confiance ?
– Ben oui.
– Ben oui quand même hein.

Je pensais que c’était une conversation compliquée que tous les parents avaient avec leurs mômes à un moment donné. Et puis, en grandissant, je me suis rendu compte que c’était en fait rarissime. Le coup des différences garçons-filles, on connaît maintenant le poids normatif du binaire, ça, on le rentre bien dans la tête de tout le monde, de façon plus ou moins subtile (et par ailleurs, plus ou moins fantasmée, pour le continuum du genre, on en reparlera). Mais peu de gens m’ont dit que parmi les conversations importantes qu’ils avaient eues avec leurs parents à propos de leur corps, il y avait eu la prévention contre l’inceste, la pédophilie, contre le viol, contre les agressions de toutes sortes. Et qu’il y avait eu cette certitude véhiculée : aucun gamin (et plus tard adulte) ne sera jamais coupable de ce qui lui arrive dans ce domaine, quelle que soit la saloperie du scénario.

Le point majeur que je me souviens avoir tiré de cette discussion dans la voiture, à un âge où évidemment je ne savais même pas vraiment qu’est-ce que ça voulait dire, de toucher le corps de quelqu’un, c’est : « tu n’auras jamais à avoir honte. Jamais. Jamais. »

Des années plus tard, en en reparlant avec mon père, je lui ai dit que malgré tout ça, je pense que si j’avais vécu des trucs moches, j’aurais sûrement eu honte et peur quand même ; mais que de savoir que la discussion initiale était déjà lancée aurait été un formidable soutien. D’ailleurs, on a pu en parler, régulièrement, pour tenter d’aider ceux qui eux, ne pouvaient pas le dire. Mon père ne m’a jamais rien dit, je sais très bien que si quelqu’un s’était confié à lui, il n’en aurait jamais fait aveu à quiconque d’autre. Mais je sais que comme moi, il avait conscience de ces insupportables statistiques. Et que des gens qui ont vécu ça, il y en a vraiment beaucoup. Il y en a forcément dans n’importe quel entourage. Dans n’importe quelle famille. Dans n’importe quel quartier.

Avec mon père, on rigolait pas toujours. Pas parce qu’il gueulait, non. Pour le coup, il ne parlait jamais aussi calmement que pour nous dire que le monde était moche, et risqué, et injuste.

Quand on était ados, la discussion est revenue, autour du thème du consentement. Qu’il ne fallait jamais qu’on fasse quelque chose à quelqu’un contre son gré, chez nous, c’était une évidence qui pouvait se dire. Subtilement, et pas forcément toutes les deux secondes, mais bordel, ça faisait partie des sujets à connaître pour grandir. J’entends dire que pour certains, le fait même de formuler cette évidence les met mal à l’aise… Mais, les gars… Ce n’est pas ça qui doit vous mettre mal à l’aise, c’est précisément de ne pas savoir comment lutter contre (voire simplement définir) un rapport non consenti.

A ceux qui pensent que c’est parce que mon père était libéré sur le sujet, je vous invite à interroger n’importe lequel des membres de ma famille : il y avait difficilement plus gêné que papa pour parler de ce genre de trucs. Mais, comme il nous disait toujours après une conversation pareille : « désolé si pour vous c’était pas marrant, de parler de ça, pour moi non plus c’était pas marrant. Mais des fois il faut parler de choses pas marrantes ».

Et en baissant les yeux, il écrasait sa clope.


Never said, Essential

Content warning: incest, paedophilia, rape.

One morning in the town square. My dad has been staying in the parking lot for a few minutes. Are we waiting for my mum, gone shopping? Are we waiting for a specific time to do something else? No idea. What I know is that we’re there, in the car, in the town square. On the driver’s seat, my dad. On the passenger seat, nobody (yet?). And on the back seats, my older brother and I, one at each side. I must be five, and he eight. Honestly I can’t remember our age for sure, save for the fact that my younger brother, indeed younger by another three years, is not taking part in the discussion.

I’m not going to pretend I remember where it came from. Perhaps we were talking about people passing by, perhaps we had spotted something we wanted to comment on. But at some point, my dad asked my brother and I: ‘So you know, now, the difference between a boy and a girl?’ Of course, next thing to happen is that we turn all red, embarrassed by something we barely grasp, ‘What? No daddy stop, some on!’ And we go on giggling. My dad, still acting serious, starts again: ‘okay, kids, seriously. Tell me, since you know it, what’s the difference between a boy and a girl?’

Obviously we don’t say nothing.

‘For example, do you know the difference between you two?’

Our embarrassment reaches a new level. I can’t even look at my brother again, I know it’s the same for him. So like all uncomfortable human beings (it doesn’t apply only to children), one of us tries to be clever: ‘Well of course, that’s… hair! Hahaha…
– What do you mean?
– I don’t know… that… girls have long hair and boys don’t.
– That’s wrong though. A boy can have long hair.
– Nah, that’s silly – on that my brother and I both agree.
– When I was young, I had long hair too.
– Wouahaha that’s not true daddy, it can’t be!
– Seriously, kids…
– Okay, I’ll say it, then… Girls have special bathrooms because they can’t do a wee wee while they stand.
– In your opinion why can’t they?
– Oh no I’m not saying it…
– I know! I know! First, boys like music less, and also they watch Dragon Ball and girls watch Sailor Moon ! ( I know, we keep on accumulating stereotypes for a while, to avoid saying more serious things. Because we have indeed been taught shame, but we don’t yet understand to what that shame is related. We are indeed ashamed of talking about this so-called difference that society has us swallow by the bucket already)

A moment goes when my dad, who wasn’t a Jedi Master in patience, wait for us to monkey around and giggle a bit more. But he starts the conversation again each time: ‘that’s your choice, you can monkey around all you like, but it’s important we talk about this, I have all the time in the world.’

All the time in the world maybe, but some embarrassment also. I know why he’s talking about this to us right now. I know, because I did the same years later, when I told him I was a smoker: in the car, so that we didn’t have to look at each other.

‘So, in your opinion, why is it that you no longer have a bath with me or your mum? But that your mum still enters the bathroom if you need to (he looks at me in the rear-view mirror), and I still do if you need to (he looks at my brother)…
– Because we’re too big for the tub.
– Yes, and also…
– (I don’t know who dares to finally say it, but one of us does:) because we look almost the same down there…
– So, kids, what really matters is…
– Girls and boys put together, they make a fountain pen! [Translating that was amusing indeed] (we’re still nervous and acting as such. We pretended it was okay to talk about this, bit really we still can’t handle it)
– Kids, now, calm down. If I’m talking about this with you, it’s because you don’t have to be ashamed of how you are down there.
– Haha daddy’s talking about this!
– I’m talking about this because I know it’s one of the reasons you couldn’t say it: because you thought you had to be ashamed of this part of your body.
– No, no, but… you know…
– I know what?
– …
– There no shame to have, ever, because everyone, everyone including all grown-ups, we have things there that belong only to us, and it doesn’t matter whether they look different or similar from the others’. But people created different bathrooms to go together when they feel similar so that they are less embarrassed. So it’s not something we show in public or in class, but it doesn’t mean it’s something shameful.
– Well okay but why can’t we show it? If we can’t show it, it means it’s bad, doesn’t it?
– No, what is bad is not having enough space for your body, to not feel respected. Your body only belongs to you, and that’s why now you take the bath on your own; that way you get to decide how you wash yourself, because you know what to do…. And we leave the door shut to respect this.
– I don’t like baths, the water is all dirty afterwards…
– And we’re not all looking the same down there because that’s helpful to make babies later for people who want to…
– Hahaha the fountain pen! You’re so silly!
– But what I really, really want you to remember is this…
– … (strangely, we feel the one sentence to remember is coming and stop messing about)
– You never, never have to feel ashamed by what someone did to you. If someone does bad things to you, only that person needs to be ashamed, not you, never you!
– Bad things like… telling us off?…
– Bad things like touching you, because it’s your body, and no one, absolutely no one can ever feel entitled to touch you. Whether they look similar down there or not.
– …
– And even when you grow up, nobody will ever have the right to touch you without asking you first. No, nobody can ever do that. It will be you who decide whether you agree or not.
– But what if some day, someone doesn’t ask?…
– Then you will always be able to talk to a grown-up you trust. We will always defend you. It will never ever be something you’d have to be fearful or ashamed about. It’s not just about children, you’ll see, even when you grow up it can happen, and you need to tell us, you need to tell someone.
– … Hmmm… okay dad…
– I’m telling you this because the people doing that are very mean, and they will tell you you should not talk to anyone about it, they will say it’s a secret, but that’s not true ! They’re lying, and they’ll always be lying when they say that. You understand?
– Yes…
– If one day someone touches your body and you didn’t want to, or someone watched you where you didn’t want to be watched, what do you do?
– We talk to you or mum.
– Especially if…?
– Especially if we’re ashamed or the mean person tells us it’s a secret.
– Well done, kids, I’m proud of you.
– …
-It never happened to you, did it?
– NOOOOOOOOOOO!!! Dad that’s for sure, no no no!
– No, dad, I swear.
– Can I trust you on that?
– Yes you can.
– Yes daddy.

I used to think this was a difficult conversation any parent had with their children at some point. Then I grew up, and realised it was in fact extremely rare. The difference between boys and girls talks ends up in the binary normative; this bit, no problem, most of the time, people teach it to their children, not always in a very subtle (nor very accurate or inclusive) way. However, very few people told me, among the important talks they had with their parents about their bodies, that at least one was about preventing incest, paedophilia, rape and other aggressions. And making sure children (and later, adults) know they will never be guilty of this happening to them, whatever the fucked-up scenario.

The main thing I took away from that talk in the car, even though I was too young to even get what ‘touching someone’s body’ meant, was this: ‘you will never, ever have to be ashamed. NEVER.’

Years later, as my dad and I were once again talking about it, I told him how empowering this conversation had been for me. I know that if I had been a victim, I would have felt shame and fear. But at the very least my dad made as clear as he could: if I talked to him, I no longer had to. I could at least try. That’s why we were able to talk about these issues regularly, trying to figure out how to help those who thought, on the contrary, that they couldn’t talk. My dad never told me anything, I know that if anyone confided in him he wouldn’t have told anybody else, including me. But I know that just like me, he knew these unacceptable figures. He knew many, many people were victims. There’s necessarily someone, at least one victim in each social circle. Each family. Each neighbourhood.

It wasn’t always fun, being with my dad. Not because he yelled at us. Actually, he was never speaking so quietly as when he wanted to tell us about how dirty, risky and unfair the world was.

As teenagers, the conversation came back, centred around consent this time. That you should never do anything to anyone against their will, was an obvious statement we could actually express, at home. Subtly, and not necessarily every two seconds, but man, it was among the things you had to be clear about to grow up. I hear that for some, the very fact that this can be expressed make them feel uncomfortable. Well, dudes, you shouldn’t feel uncomfortable about saying it, you most certainly should feel uncomfortable not knowing how to fight – sometimes even define – non-consensual sex.

To those who think my dad was able to tell us about that because he felt particularly liberal about such issues, I dare you to ask any member of my family: you could hardly find a man more embarrassed to talk about it than my dad. After every such conversation, he’d say: ‘sorry it wasn’t fun for you guys, talking about that. For me neither, it wasn’t fun. Sometimes, though, we need to talk about non-fun things.’

Looking down, he would then stub out his cigarette in the ashtray.

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