Savoir (se) conduire

directions du genre



UK flag pastel

Gamine, on se fait des promesses. Et moi, je m’étais dit que s’il y avait une chose que je ne reproduirai pas de ma famille, c’était le fait que seulement les hommes conduisaient. C’est mon grand-père qui était en charge de la route, tout comme mon père le fut ensuite. Et si ma grand-mère n’avait pas même passé son permis, ma mère, en revanche, l’avait non seulement passé, mais décroché. Pourtant la voiture familiale est restée territoire masculin.

Pendant des années j’ai grandi comme tous les mômes en pensant que ce qui se passait chez moi était normal. Que même quand maman avait le permis, c’était papa qui conduisait quand même. Tout comme maman était le « salaire d’appoint », elle était le « permis d’appoint ». Celui dont on n’a pas vraiment besoin, qu’elle avait passé juste pour occuper ses journées… Et puis j’ai atteint 8, 10 ans, et là j’ai vu des femmes conduire. Même quand il y avait un homme dans la voiture. Stupéfaction. Rancœur, aussi. Pourquoi nous, on n’était pas comme ça ? « Maman, pourquoi tu conduis pas ? ». C’est mon père qui répondait toujours. Attention, c’est violent. Il répondait : « parce qu’elle ne saurait pas faire ».

Si vous pensez qu’il s’agissait là d’un simple désaccord entre membres d’un couple précis, détrompez-vous. J’ai grandi en entendant partout autour de moi que, de toute façon, les femmes ne savaient jamais vraiment conduire. Qu’elles faisaient semblant pendant un temps, mais que si elles y arrivaient, c’était davantage dû à une chance inouïe qu’à une capacité de gérer l’engin et l’espace.

Des fois j’entends des gens critiquer des films ou des livres sur la domination masculine parce qu’ils sont « tellement clichés ». Ce qu’ils veulent dire, c’est que plus personne, jamais, ne tient des discours aussi ouvertement sexistes, arrête un peu ton char. Double honte pour moi. Non seulement je les entendais tout le temps, ces stéréotypes soi-disant dépassés, mais du coup, malgré la force que je mettais à les rejeter, je les avais intégrés, et comme il faut.

Voici un florilège des phrases qui, ayant été répétées tant de fois, constituent la tapisserie de mon cerveau sexué et sexiste : « les femmes n’appréhendent jamais l’espace comme il faut », « les femmes n’ont pas un cerveau pour conduire, c’est comme ça », « les femmes, il faudrait qu’elles arrêtent de tout vouloir faire comme les hommes, elles mettent tout le monde en danger », « les femmes, elles n’auront jamais les mêmes réflexes que les hommes en cas de collision », « mais enfin tu vois bien qu’elles n’arrivent même pas à se garer correctement », « ah ! encore une femme, tiens ! ». Et puis, les pires : « ta mère, si elle conduit, elle finira par tuer quelqu’un », « elle a de la chance, même, que ça ne soit pas encore arrivé », « ta mère, c’est moi qui l’ai sauvée en lui recommandant de ne jamais conduire ».

Aujourd’hui encore, entendre la violence de ces phrases. Dites par mon père que j’adorais à propos de ma mère que j’adorais. Et quand adolescente, j’ai osé m’élever, et dire : « arrête un peu de dire ça, maman elle conduirait très bien si elle en avait envie », entendre : « hé bah si elle tue quelqu’un, c’est toi qui l’aura sur la conscience ».

J’ai donc promis à maman que je le passerai, ce permis de mes deux.

Je retarde toutefois le jour de le passer. Je trouve des excuses : j’ai le bac trop jeune et donc ça ne me sert à rien de faire la conduite accompagnée car j’habite à 300 bornes pour mes études, ça ne m’intéresse pas, je suis écolo et il y a trop de bagnoles en ville, n’importe quelle excuse pour dire : si je ne passe pas le permis, c’est parce que c’est un choix.

Sauf que j’ai toujours su que ça serait un des plus grands défis de ma vie, et qu’il fallait que je le relève. Je le devais au moins à ma mère. Le nombre de fois où on s’est engueulés avec mon père, car je lui disais qu’avoir ainsi empêché maman de conduire, c’était lui avoir interdit purement et simplement toute possibilité de carrière. Lui de me répondre, vexé : « je ne l’empêche pas, elle fait bien comme elle veut », et moi de répéter, encore et encore, qu’empêcher quelqu’un, ça peut passer par autre chose qu’une interdiction explicite. Que l’oppression passe par des moyens détournés. Qu’entendre toute sa vie que si on conduit, on butera quelqu’un, c’est dire à cette personne : « ne conduis surtout pas. Mais tiens, voici les clefs, si d’aventure tu oses ».

J’ai tellement galéré à avoir mon permis. J’étais terrifiée. La peur d’écraser quelqu’un, à chaque carrefour, à chaque marche arrière. Cette sensation atroce de n’avoir aucun pouvoir sur cette machine, cette certitude qu’un jour, elle finira par m’échapper, et que je le savais, et que je l’ai fait quand même, et que je suis donc doublement responsable.

Je l’ai loupé deux fois, mon permis. Loyauté, on dit en psychologie je crois. Parce que ma mère aussi. La deuxième fois, j’avais tellement peur que j’ai fait une nuit blanche avant de le repasser. Evidemment, j’ai conduit n’importe comment et j’ai chialé en loupant mon créneau.

Le jour où je l’ai eu, j’ai immédiatement appelé ma mère. J’ai appelé la maison, évidemment, mais je voulais ma mère. Elle a décroché, et je pleurais comme j’ai rarement pleuré de soulagement et de joie, comme si j’avais remporté un oscar ou un Nobel, je ne sais pas, un truc énorme, et j’ai dit « maman, j’y suis arrivée, maman, j’y suis enfin arrivée ». Elle a dit, la voix qui commençait à trembler : « c’est super, mais arrête ou tu vas me faire pleurer aussi ! » Elle m’a passé mon père car elle avait commencé à pleurer aussi. Mon père était fier de moi. Vraiment.

Aucun diplôme avant ni depuis n’a jamais eu plus de force que celui-là. Le bac, la licence, le master, et même mon doctorat, si vous saviez à quel point l’émotion était moindre par rapport à cette saloperie de permis. Enfin, on me disait ouvertement : « si si, en fait, tu as le droit. Ton cerveau est capable de conduire, même en tant que femme. » Sauf que je savais très bien que les difficultés ne faisaient que commencer, que je n’avais fait que le plus simple du trajet.

Mon père était dorénavant au courant de l’influence qu’avaient eu tous ces stéréotypes répétés dans le cercle familial pendant des années, stéréotypes entendus par ricochet tellement de fois par des amis, dans les journaux, dans la littérature de vulgarisation scientifique. J’aimais mon père infiniment, mais comme je lui ai dit, c’est justement parce que je l’aime que je n’inventerai pas des scènes plus belles là où il a merdé, quelque chose de rare. Il a regretté amèrement d’avoir dit tout ça, en me voyant derrière un volant en train de trembler, de demander à descendre pour la troisième fois vérifier que je n’avais pas écrasé un gamin en sortant la voiture du garage. Il a vraiment essayé, je ne peux pas lui enlever ça, de corriger ces années de dressage à l’incapacité féminine. Il me laissait les clefs de sa voiture, me disait : « je te fais toute confiance, je t’assure, tu conduis vraiment très bien, allez, va t’entraîner ». Je prenais les clefs, surtout pour qu’il arrête d’insister, je m’asseyais dans la voiture dans le garage, je faisais marche arrière, marche avant, marche arrière, marche avant. Et une heure après je remontais en disant « oui oui, ça s’est très bien passé ».

Un jour j’en ai eu marre de cette violence que je m’infligeais. Ça n’avait pas suffit que pendant des années on me dresse à comprendre que mon cerveau féminin n’était pas fait pour la conduite, maintenant on me forçait à passer forcément au-dessus de tout ça. Les gens (pas mon père, cette fois) me disaient : « tu ne pourras pas être une femme indépendante si tu ne conduis pas », « les femmes modernes, elles conduisent », « c’est juste que tu ne te forces pas assez »…

J’ai déclaré : voilà, c’est terminé. Je ne conduirai pas. J’ai pris ma revanche, celle dont j’avais besoin (et je sais que ma mère aussi en avait besoin, que sa fille prouve qu’elle puisse conduire), maintenant, reprenez tous vos clefs et vos conseils, j’accepte une bonne fois pour toutes que je ne conduirai pas. Poursuite de la loyauté envers ma mère ? Peut-être. Mais alors ça n’est vraiment pas conscient, car j’ai vraiment essayé de pouvoir conduire, j’avais vraiment envie d’y arriver.

Quand j’ai dit ça à mon père, que je laissais tomber la conduite une bonne fois pour toutes, il a eu affreusement mal. Il savait. Il m’a demandé pardon. M’a dit qu’il regrettait, qu’il n’aurait pas cru que tout ça aurait autant d’impact sur moi, alors que mes deux frères, eux, conduisaient très bien, et même en ayant eu des accidents mineurs, ne doutaient pas de leur capacité à être (et ils le sont) de très bons conducteurs. J’ai vu qu’il paniquait. Alors je lui ai dit que ce n’était pas qu’à cause de ça. Et c’est vrai, je le sais. Parce que les TOC aussi ont une part de responsabilité là-dedans, qui grossit au point d’éclater sous mon crâne. Et il m’a dit : « oui mais les TOC aussi, j’y suis pour quelque chose ». Et sûrement que c’est vrai aussi. Mais comme je lui ai déjà dit, il est aussi en grande partie responsable des choses formidables et non-conventionnelles qui me sont arrivées dans ma vie. Je sais par exemple que je n’aurais jamais poursuivi des études aussi hautes si je n’avais pas eu, depuis que je suis toute petite, la joie de constater que mon père non seulement me trouvait intelligente, mais me le répétait, et le valorisait en privé comme en public.

Je n’en peux plus d’entendre les gens me dire que si les femmes n’arrivent pas à faire quelque chose, c’est « qu’elles n’essaient pas assez ». Je voudrais vous y voir, après des années à entendre, de la bouche de ceux que vous admirez le plus, que le simple fait de naître comme-ci ou comme-ça vous a rendu inapte. Je pense être quelqu’un de déterminé, voyez-vous, et je n’y suis pas arrivé.

Je n’en peux plus non plus d’entendre que nous, les féministes, on exagère. Que franchement, à part les gros beaufs du PMU, personne ne pense plus des trucs arriérés comme ça (les femmes ne savent pas conduire, la place des femmes est dans la cuisine etc.). D’abord, on est tous le beauf de quelqu’un. Ensuite, le sexisme a une propension extraordinaire à transcender les classes sociales, les milieux, les relations. Mon père disait dans un même souffle que j’étais d’une intelligence qu’il admirait, et que les femmes, parce que femmes, ne pouvaient tenir un volant correctement. Les contradictions, on les vit tous. Arrêtons de croire que parce que quelqu’un ne vous tape pas directement sur la gueule, on ne vous dresse pas malgré tout à vous conduire d’une certaine façon.


J’ai fait la paix avec tout ça, parce que qu’est-ce que j’aurais pu faire d’autre ? Passer ma vie à chialer en passant la première ? J’ai décidé que ce défi-là était trop grand. Ou plutôt, j’ai décidé que le vrai défi, c’était simplement de passer mon permis. Vous ne pourrez jamais imaginer à quel point j’ai été fière d’avoir ce papier rose avec ma sale gueule de nuit blanche dessus. Mais je peux vous parler de lâcher prise tant que je veux, je vous mentirais si je ne disais pas qu’à chaque fois, maintenant, dans une heureuse relation hétéro, que je m’assois à côté de mon partenaire se préparant à conduire, je ne suis pas envieuse de cette capacité à tourner les clefs sans même y penser. Se dire que l’espace est autant à lui qu’aux autres. Que la vitesse, s’il le souhaite, peut lui appartenir.

Alors si on pouvait arrêter deux minutes ces conneries de recherche pseudo-scientifiques sur les cerveaux masculins et féminins, ce serait pas mal, et ça permettrait peut-être que tout le monde atteigne le potentiel qu’elle ou il souhaite. Et si vous dites des phrases de ce type-là, qui commence par « oui mais les femmes leur cerveau… », permettez-moi de vous arrêter direct : vous aussi, sous couvert de science « neutre » (haha la bonne blague), vous êtes en train de définir des trajectoires, de brûler des ambitions. Y a pas de raison que la culpabilité, on soit les seules à la porter. Si vous êtes à ce point-là sexistes, la moindre des choses que vous puissiez faire, c’est d’accepter de la porter aussi. Les femmes ne resteront pas indéfiniment immobiles à protéger votre fragilité.


To Drive or Not To Drive, This Was Never Really A Question

As a child, you make promises to yourself. I promised to myself that if there was one thing I wouldn’t replicate from my family, it was the fact that only men were car drivers. My grandad was in charge of the road, as was my dad after him. While my grandma didn’t even try to get her driving licence, my mom did, and she indeed got it. However, the family car remained masculine territory.

For years, I’ve grown up thinking, like all children, that what happened at home was normal. That even when mommy had her licence, daddy drove. Just like mommy had ‘pin money’, she had a ‘pin licence’. The one we never really need, the one she got just to keep herself busy during her long days. Then I was 8, or 10. And I saw women drive. Even when there was a man in the car. Bewilderment, resentment even. Why weren’t we the same? « Mom, why don’t you drive ? » My dad was always the one to answer. Careful there, it’s gonna hurt. He would say: ‘because she wouldn’t know how.’

If you think that it was about a mere disagreement between two parties of a given couple, you couldn’t be more wrong. My whole childhood, I’ve heard everywhere that women never really knew how to drive anyway. That they pretended to know for a while, but that if they managed to do it, it was more due to incredible luck than their ability to master the engine and space.

Sometimes I hear people criticize films or books about masculine domination because they are ‘so cliché’. What they mean is that no one, ever, still say such overtly sexist things, give me a break. And I feel doubly shamed. Not only did I hear them all the time, these so-called outdated stereotypes, but despite all the strength I used to reject them, I knew I had perfectly internalised them.

Here’s an anthology of sentences I’ve heard so many times, they constitute the wallpaper of my gendered and sexist brain: ‘women can’t comprehend space’, ‘women’s brains aren’t wired for driving, that’s it’, ‘women should stop to emulate everything men do, they put everyone at risk’, ‘women will never have the same reflexes than men in case of a collision’, ‘can’t you see they can’t even park properly?’, ‘Ah! That must a woman, there’. And the worst of all: ‘if your mom drives, she’ll end up killing someone.’ ‘She’s lucky, even, that it hasn’t happened yet.’ ‘I saved you mom by advising her not to drive’.

Still to this day, hearing the violence of such speech, told by my dad whom I loved about my mom whom I loved. As a teenager, I dared to stand up and say: ‘oh come on, mom would be a great driver if she wanted to.’ This is what I’ve been told: ‘well, then, if she kills someone, you’ll have to live with it.’

So I promised my mom I will get that mother*cking licence.

Though I’m in no rush. I find myself excuses: I passed my A-levels too young, so there’s no point in doing the accompanied practice as I live 200 miles from home and there’s no qualified driver I know there. I’m not interested anyway. I support green politics, and there are too many cars in town, anything I could find to say: if I’m not learning to drive, it’s my choice.

I had always known somehow that this would be one of the greatest challenges of my life, and that I needed to face it. I owed it to my mom. The number of times my dad and I argued, because I told him that the way he had prevented mom from driving had rejected any possibility of a career for her. Upset, he’d say: ‘I’m not preventing her to do anything, she does whatever she wants’. So I had to repeat, again and again, than preventing someone from doing something doesn’t necessarily require an explicit command. Oppression can go through less straightforward ways. Hearing all your life that if you drive, you’ll kill someone, is like saying: ‘do NOT drive. But hey, here are the keys, if you dare.’

I’ve really struggled with my driving licence. I was terrified. The fear to run over someone at each intersection, and each time I reversed. This horrific feeling of never having any sort of control over the machine. I was convinced that one day, it would escape me completely, and that because I knew it and decided to drive anyway, I was twice as guilty.

I failed the test twice. I think we call that family loyalty in psychology. Because my mom failed hers twice too. The second time, I was so scared I did an allnighter. Of course, I drove awfully and I cried while parking the car.

The day I got it, I immediately called my mom. I called home, sure, but I wanted to talk to my mom. She picked up the phone as I was crying like I’ve seldom cried with relief and joy, as if I had won an Oscar or a Nobel Prize, something huge. I said: ‘Mom, I made it, mom, I finally made it’. She said, with a tremor in her voice: ‘That’s great, but stop it or you’ll make me cry too!’ She put me through to dad because she had started to cry too. My dad was proud of me. He really was.

No degree or diploma since has ever generated such overwhelming emotions. A-levels, BA, MA, PhD: if only you knew how more controlled the emotion was, compared to that f*cking driving licence. Finally, I was officially told: ‘of course you’ve got the right to. Your brain is capable of driving, even as a woman.’ I knew, though, that it was only the beginning of this challenge. I had only walked the easier part of the way.

My dad was by then fully aware of the impact all these repeated stereotypes within our family circle had had on me; stereotypes I would hear echoed so many times by friends, newspapers, popular non fiction. I loved my dad a lot, but as I told him, it’s precisely because I love him that much that I won’t embellish scenes where he crucially f*cked up. He had deep regrets about telling me all of these sexist stereotypes, when he saw me time after time shake on the driver’s seat, and ask to get out of the car for the third time to make sure I hadn’t run over a child while getting the car out of the garage. I must be fair, he really tried to revise all these years of developing this ‘feminine’ inability. He’d give me his car’s keys, saying: ‘I trust you entirely, I can assure you you’re a great driver, there you go, go for a ride’. I’d take the keys, mainly to have him stop insisting, and I’d go sit in the car in the garage. I would reverse for a few metres, then go straight back in, then reverse, then straight back in. An hour later, I’d go back home upstairs, saying ‘sure, everything went fine’.

One day I got fed up with this self-inflicted violence. It hadn’t been enough to hear for years that my brain wasn’t male enough for driving, now I absolutely had to overcome all this. People – not my dad, this time – would say: ‘you can’t be an independent woman if you don’t drive’; ‘modern women drive, you know’; ‘you just aren’t trying hard enough’… So I declared: okay, that’s it, I won’t be driving. I’ve got my revenge, the one I needed – and the one my mom too needed, to know that her daughter could drive too – now, keep all your keys and pieces of advice for yourself, I accept once and for all that I won’t ever be a driver. Was I still being loyal to my mom? Perhaps, but in that case it isn’t a conscious process because I’ve tried, I’ve really tried to be able to drive.

When I told my dad that I gave up driving once and for all, I know he felt huge pain. He knew. He asked me to forgive him. Told me he regretted, told me he’d never had thought it would impact me so badly, when both my brothers were absolutely fine drivers, and even after they had minor accidents, they didn’t doubt they were (and they shouldn’t doubt, because they are) very good drivers. I could see him panic. So I told him it wasn’t only because of that. And I know that’s true. Because OCD is also responsible for making responsibility, precisely, explode under my skull. Then he said: ‘yes, but I also have a role to play in this OCD of yours…’ Surely that’s correct. But as I told him before, he’s also responsible for many amazing and unconventional things that happened to me. I know for a fact, for instance, that I’d never have pursued such demanding studies if I hadn’t had, since I’m a child, the joy to know my dad not only found me very smart, but kept repeating it to me, and celebrated it in private as in public.

I can’t hear again that if women can’t do something, it’s because they ‘don’t try hard enough’. I’d like to see you try after years of hearing from people you admire most that the simple fact of being born like this or like that made you unable to do something. See, I consider myself pretty determined, and I couldn’t do it.

Besides, I can’t hear any more that we, feminists, exaggerate. That beyond the uneducated alcoholic living in his local pub, no one still think such outdated things: that women can’t drive, that a woman’s place is in the kitchen… Let’s all remember that we all can be considered the uneducated alcoholic of someone. And sexism has this extraordinary ability to transcend all classes, all spaces, all relationships. My dad would say, in the same breath, that he admired my intelligence and that women, because they’re women, can’t ever hold a steering wheel properly. We all live our contradictions. Let’s crush the myth that because someone doesn’t actively punch you in the face, you’re not trained to act in a certain, limited way.


I decided to make peace with all this, because what else could have I done ? Spend my life crying as I shift into first gear? I decided that this challenge was too big. Or rather, I decided that the real challenge was getting my driving licence. You can’t ever imagine how proud I’ve been to get that pink card with my grim allnighter-face on it. But I can talk about letting go all I want, I would however lie if I pretended, now that I’m in a happy heterosexual relationship, that I don’t get envious as I take my seat in the car, right next to my partner getting ready to drive. His ability to just put the keys in, and there we go. His intuitive capacity to think that space belong to him just as much as it belongs to others. And that speed can be his, if he wants to.

So if we could stop for 2 minutes to carry on these pseudo scientific projects on male and female brains, it would be great. It would allow everyone to reach the potential they want. And if you ever say sentences starting with ‘yes but female brains…’, let me stop you right there. Hidden under ‘neutral’ (hahaha the joke of it) science, you’re defining paths, burning out ambitions. There’s no reason we should be the only ones to carry guilt. If you’re that sexist, the least you can do is accept to carry it too. Women won’t always sit still protecting your fragility.

Advertisements

2 thoughts on “Savoir (se) conduire

  1. Chaque unité terrestre est unique. Le cerveau est possiblement l’organe le plus compliqué chez les mammifères. POur plusieurs hommes, leurs organes génitaux fonctionnent un peu comme leur deuxième cerveau? ALors, qu’il en soit ainsi? Mais comment faire? Avec la science qu’ils croient toujours posséder? Je lance un voeux à l’univers. 😉

    Like

    1. Je lance également ce voeu, que l’on cesse de vouloir à tout prix faire entrer nos préjugés dans nos cadres “scientifiques”. Peut-être qu’un jour? J’ai peu d’espoir, mais le peu que j’ai me pousse à écrire…

      Liked by 1 person

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s